Comme tous les enfants, quand j’étais petite, Maman me racontait des histoires pour nous endormir mon frère et moi. Souvent, elle nous lisait « La belle lisse poire du Prince de Motordu« , ou « Le monstre poilu« , nos deux histoires préférées. Parfois, elle nous inventait une histoire, comme celle avec ce petit chaton appelé « Casserole» et rejeté car il avait un miaulement abominable.
Mais d’autres fois, c’est Papa qui s’y collait, et nous récitait des histoires ou des poèmes qu’il connaissait par cœur, et je me demande toujours où est-ce qu’il a bien pu les apprendre…
Il y avait l’histoire des papous :
En papouasie, il y a des papous et des pas-papous.
Parmis les papous, il y a des papous papas et des papous pas papas ; tandis que chez les pas papous, il y a des pas papous papas et des pas papous pas papas.
Mais il y a aussi des papous papas à poux et des papous papas pas à poux, des papous pas papas à poux et des papous pas papas pas à poux, des pas papoux papas à poux et des pas papoux papas pas à poux, des pas papoux pas papas à poux et des pas papoux pas papas pas à poux.
De plus, certains poux sont papas, ce qui fait qu’il y a en Papouasie des papous papas à poux papa et des papous papas à poux pas papas, des papous papas pas à poux papas et des papous papas pas à poux pas papas, des papous pas papas à poux papas et des papous pas papas à poux pas papas, des papous pas papas pas à poux papas et des papous pas papas pas à poux pas papas, des pas papoux papas à poux papas et des pas papoux papas à poux pas papas, des pas papoux papas pas à poux papas et des pas papoux papas pas à poux pas papas, des pas papoux pas papas à poux papas et des pas papoux pas papas à poux pas papas, des pas papoux pas papas pas à poux papas et des pas papoux pas papas pas à poux pas papas.
Vous vous marrez peut-être, mais essayez de réciter ça par cœur un peu pour voir !
Dans la même veine, il y a l’histoire de la vache :
La vache a deux sous-produits : le lait et la bouse. Si c’est le lait, aucun problème, si c’est la bouse, de deux choses l’une : ou elle la fait dans le champ, ou elle la fait sur une route. Si elle la fait dans un champ, aucun problème, si elle la fait sur la route, de deux choses l’une : ou je passe par là, ou je ne passe pas par là. Si je ne passe pas par là, aucun problème, si je passe par là, de deux choses l’une : ou je la voie, ou je ne la voie pas. Si je la voie, aucun problème, si je ne la voie pas, de deux choses l’une : ou je marche dedans, ou je ne marche pas dedans. Si je ne marche pas dedans, aucun problème, si je marche dedans, je m’écrie : « Oh la vache…. a deux sous-produits : le lait et la bouse…..»
Il y avait aussi l’histoire de Pierre Bernard :
Ci-git Pierre Bernard, fils de parents pauvres mais honnêtes.
Comme il était doué pour la peinture, ses parents et ses amis l’envoyèrent à la campagne pour étudier la nature.
Il marcha, il eut soif, il entra dans une auberge ; il demanda :» Qu’avez-vous à manger?»
« Du pain, du vin, de la saucisse et des œufs (prononcer euf)»
« Des œufs ! C’est ça qu’est bon des œufs !»
Il mangea des œufs, une arête l’étrangla, il mourut.
Et sur sa tombe on inscrivit : ci-gît Pierre Bernard, fils de parents pauvres mais honnêtes. [...]
Mais mon histoire préférée, c’est celle de la pêche à la baleine, poème de Jacques Prévert :
La pêche à la baleine
À la pêche à la baleine, à la pêche à la baleine,
Disait le père d’une voix courroucée
À son fils Prosper, sous l’armoire allongé,
À la pêche à la baleine, à la pêche à la baleine,
Tu ne veux pas aller,
Et pourquoi donc?
Et pourquoi donc que j’irais pêcher une bête
Qui ne m’a rien fait, papa,
Va la pêpé, va la pêcher toi-même,
Puisque ça te plaît,
J’aime mieux rester à la maison avec ma pauvre mère
Et le cousin Gaston.
Alors dans sa baleinière le père tout seul s’en est allé
Sur la mer démontée…
Voilà le père sur la mer,
Voilà le fils à la maison,
Voilà la baleine en colère,
Et voilà le cousin Gaston qui renverse la soupière,
La soupière au bouillon.
La mer était mauvaise,
La soupe était bonne.
Et voilà sur sa chaise Prosper qui se désole :
À la pêche à la baleine, je ne suis pas allé,
Et pourquoi donc que j’y ai pas été?
Peut-être qu’on l’aurait attrapée,
Alors j’aurais pu en manger.
Mais voilà la porte qui s’ouvre, et ruisselant d’eau
Le père apparaît hors d’haleine,
Tenant la baleine sur son dos.
Il jette l’animal sur la table,
une belle baleine aux yeux bleus,
Une bête comme on en voit peu,
Et dit d’une voix lamentable :
Dépêchez-vous de la dépecer,
J’ai faim, j’ai soif, je veux manger.
Mais voilà Prosper qui se lève,
Regardant son père dans le blanc des yeux,
Dans le blanc des yeux bleus de son père,
Bleus comme ceux de la baleine aux yeux bleus :
Et pourquoi donc je dépècerais une pauvre bête qui m’a rien fait?
Tant pis, j’abandonne ma part.
Puis il jette le couteau par terre,
Mais la baleine s’en empare, et se précipitant sur le père
Elle le transperce de père en part.
Ah, ah, dit le cousin Gaston,
On me rappelle la chasse, la chasse aux papillons.
Et voilà
Voilà Prosper qui prépare les faire-part,
La mère qui prend le deuil de son pauvre mari
Et la baleine, la larme à l’œil contemplant le foyer détruit.
Soudain elle s’écrie :
Et pourquoi donc j’ai tué ce pauvre imbécile,
Maintenant les autres vont me pourchasser en moto-godille
Et puis ils vont exterminer toute ma petite famille.
Alors éclatant d’un rire inquiétant,
Elle se dirige vers la porte et dit
À la veuve en passant :
Madame, si quelqu’un vient me demander,
Soyez aimable et répondez :
La baleine est sortie,
Asseyez-vous,
Attendez là,
Dans une quinzaine d’années, sans doute elle reviendra…
Jacques Prévert
Et vous ? Quelles histoires vous ont marquées quand vous étiez enfants ?